Île de Waya aux Fidji

Les Fidji augmentent les taxes de santé et adoptent des lignes directrices pour lutter contre les MNT, qui absorbent 40% des coûts des soins de santé

14 juillet 2023

Le nouveau budget des Fidji prévoit une augmentation des taxes sur les boissons sucrées, d’autres aliments transformés, l'alcool et le tabac. Cette mesure intervient alors qu'une responsable du ministère de la Santé (MdS) affirme que les effets des maladies non transmissibles (MNT) coûtent au pays 591,41 millions de dollars par an.

Les taxes imposées par ce pays insulaire du Pacifique occidental comprennent l'augmentation des droits d’accise nationaux de 35 à 40 cents par kilogramme ou par litre sur les jus, les glaces, les biscuits sucrés, les snacks et les confiseries, et l'introduction d'un droit d'accise à l'importation de 15% sur ces articles, ainsi que l'augmentation de 5% des droits d'accise sur le tabac et l'alcool.

 

Les aliments mauvais pour la santé, le tabac et l'alcool constituent des facteurs de risque majeurs des MNT, maladies responsables de 74% des décès et des incapacités dans le monde et qui frappent le plus durement les pays à revenu faible et intermédiaire. Les MNT comprennent, entre autres, les cancers, les maladies cardiovasculaires, les accidents vasculaires cérébraux, les maladies respiratoires chroniques, le diabète, les troubles mentaux et neurologiques et l’insuffisance rénale chronique.

En 2019, 87% des décès dans la région du Pacifique occidental ont été imputables aux MNT, avec des taux élevés de décès prématurés (avant l'âge de 70 ans). Aux Fidji, le diabète est à lui seul responsable d'un quart des décès, soit environ 1 500 par an, le taux le plus élevé au monde. Cette situation est en grande partie due à une augmentation de la consommation d'aliments ultra-transformés importés et à l'abandon des régimes alimentaires traditionnels à base de poisson et de produits frais. Le droit humain à une alimentation saine a été inscrit dans la Constitution du pays en 2013, face à la menace que font peser sur les régimes alimentaires traditionnels, aux Fidji et dans de nombreux autres petits États insulaires en développement (PEID), tant l'industrie des aliments ultra-transformés que le changement climatique.

Lors de l'annonce de ces taxes, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Biman Prasad, a rappelé que les taxes sur l'alcool avaient été réduites de 50% pendant la pandémie de COVID-19. « Nous sommes conscients que les boissons alcoolisées font partie intégrante de notre industrie touristique... c'est pourquoi nous commençons par une très légère augmentation au regard de la diminution massive que nous avions appliquée il y a deux ans. »

La Dre Devina Nand, responsable du bien-être au ministère de la Santé, a déclaré que les MNT représentaient 40% de l'ensemble des dépenses de santé aux Fidji. « La charge financière directe des MNT est plus élevée que celle des maladies infectieuses, de la santé génésique et de la malnutrition combinées », a-t-elle ajouté lors du lancement de nouvelles lignes directrices sur les MNT destinées aux centres de soins de santé primaires.

Ces lignes directrices permettront de réaliser des économiser et d'améliorer les soins en normalisant l'approche de la prise en charge des MNT, a déclaré Mme Nand. Il s'agit des lignes directrices opérationnelles du paquet essentiel d’interventions (PEN) pour l'évaluation et de la gestion des risques cardiovasculaires (CRAM) destinées aux établissements de soins de santé primaires des Fidji.

« La CRAM des Fidji contribuera à améliorer la couverture de services appropriés, éthiques, de qualité et normalisés pour les personnes vivant avec des MNT », a déclaré Mme Nand dans le journal The Fiji Times. « Elle mise sur une approche intégrée pour des interventions efficaces dans des milieux à faibles ressources, permettant ainsi une utilisation efficace de ressources limitées. »

L'augmentation des taxes prévue dans le budget intervient quelques semaines seulement après une conférence des PEID, au cours de laquelle les pays, dont les Fidji, ont adopté la Déclaration de Bridgetown. Cette déclaration considère les déterminants commerciaux de la santé et le changement climatique comme les principaux facteurs de la charge des MNT dans les PEID, et définit une approche spécifique à ces États pour y remédier.

« Malgré tous nos efforts, nos progrès en matière de prévention et de maîtrise des MNT sont lents et inégaux », a déclaré Sir Collin Tukuitonga, coprésident du Groupe d'experts de haut niveau sur les politiques des PEID. « La plupart des PEID n'atteindront pas les objectifs fixés en matière de MNT. De toute évidence, nous devons faire plus, mieux, et de toute urgence. »

« La Déclaration de Bridgetown est une excellente occasion d'accélérer nos actions en matière de prévention et de maîtrise des MNT », a-t-il poursuivi. « Plusieurs actions possibles sont prévues pour être mises en œuvre selon les circonstances locales. J'encourage les PEID à agir. »

Le Cadre d'action régional de l'OMS pour la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles dans le Pacifique occidental, récemment publié, appelle à la transformation de « systèmes malades », dans lesquels les environnements mauvais pour la santé alourdissent la charge des MNT et le secteur de la santé est simplement réactif et axé sur le traitement, en « systèmes de santé » dans lesquels les sociétés investissent dans des environnements favorables à la santé et où le secteur de la santé accompagne la santé et le bien-être des individus tout au long de leur vie.

« Les mesures de prévention et de maîtrise des MNT reposent sur des changements applicables à l’ensemble de la société », poursuit le Cadre, « qui reflètent le caractère interconnecté des communautés. Ainsi, les plans nationaux multisectoriels de lutte contre les MNT doivent adopter une approche systémique pour traiter les facteurs sociaux, culturels, comportementaux et environnementaux sous-jacents qui ont un impact sur ces maladies. »

Le Cadre d'action régional comporte cinq objectifs :

  1. Renforcer le mécanisme de collecte et d'utilisation des données et des informations pour la planification, le suivi des progrès et l'évaluation des politiques et des programmes.
  2. Élaborer des politiques allant au-delà du secteur de la santé en vue de créer des environnements favorables à la santé et de s'attaquer aux déterminants sociaux de la santé à l’échelle nationale et infranationale.
  3. Organiser le dépistage des principales MNT dans la population.
  4. Renforcer les soins de santé primaires afin d'assurer une gestion des MNT axée sur l’humain.
  5. Donner aux patients les moyens de s'autogérer et de bien suivre leur traitement, grâce à la promotion de la santé, à la prévention et à des données personnalisées.